Cruelle décision, cassure à jamais
réparée
L'anneau au doigt s'est échappé
Dans l'oubli, il restera figé
Comme pierre tombale à mes pieds.
Je ne verse pas de larmes
Le coeur a trop pleuré
D'espoirs déçus il parle
Pour cacher l'âme troublée.
Un papier, une signature
Un regard sur le passé
Et voilà que la blessure
S'ouvre et coule, hébétée
Dans mes veines, pauvres stries
D'un hier sans cesse meurtri.
Nicole Savard
Je peins pour que coule
Sur mes doigts la vie.
Je peins pour que roule
Sur les mains l'infini.
Je peins pour que glisse
Sur mon coeur l'esthétisme.
Je peins pour que ruisselle
Dans mes veines,l'essentiel.
Je peins pour que brille
Dans mes yeux, l'indiscible
Dans mon âme sensible
Le fruit de mes amours puérils.
J'entends l'hiver gémir par ma fenêtre.
Le vent , dans une course effrénée,
Dans une envie folle, irraisonnée
Dépose des nuages de neige, reître
Sur le sol, les sapins de ma maison.
Un long sifflement, complainte saisonnière,
Rappelle aux mortels l'appel déchaîné,
Dans cette morne et lugubre nuit,
Des éléments naturels auxquels ils sont soumis.
Sous le fouet de la bise, les arbres
Balancent leurs bras en cadence mesurée
Un faible ciel gris à travers le feuillage
Filtre la lumière pâle de ce jour de janvier.
Commme ces sapins qui s'offrent à ma vue
Je chante une longue et froide mélopée
En agitant les chaînes de mon coeur, nu
Sous les forces de la vie, du temps passé.
Toujours épris de fortes émotions
Vivant pour de nouveaux horizons
Son coeur se plaît dans la mélancolie
Aux accès très vivement ressentis.
Son besoin de changement excessif
Le prive de solides amitiés,
Son désir d'étonner les gens à vif
Dénote sa puérile vanité.
Travestir toute vérité sans honte
Sans même vraiment s'en rendre compte
Voilà un sentiment de soi obsédant
Qui nous le rend souvent si déroutant.
Nourri de symboles par la pensée
L'irréel et le réel se côtoient
Créant une singulière ambiguité
Dans ses pauvres messages narquois.
Trahi par une triste vie religieuse
Il la honnit, haïssant son souvenir.
Maintenant portant un masque de cire
Il sourit au monde, à ses beautés oiseuses.
J'ai failli perdre mon coeur, mon âme
Dans son chemin aux brûlantes flammes
Séduite un temps par ses fausses vertus
Je m'en retourne regrettant ce passé perdu.
Le temps , implacable ennemi,
Impitoyable adversaire.
Je lutte sans cesse avec lui
Mais jamais ne réussis à le vaincre.
Il est là martelant ma vie
De coups quasi mortels
Je reste là pantelante
Entre ses mains, son coeur de pierre.
Le matin il me voisine
Cruel, dans un appel pressant;
Je ne lui dis pas bonjour
Mais obéis à son ultime commandement.
Le midi il me brusque.
Dans sa course folle
M'emporte, m'emprisonne
Me laissant sans cri, sans souffle.
Au soir dans sa robe noire
Il me harcèle encore plus.
Poursuivant son ascension sauvage
Jusque dans mes rêves tourmentés.
Quand donc arrêtera-t-il son âpre manège?
Quand jettera-t-il les amarres?
Faut-il prolonger le supplice?
Je suis sans être, j'existe sans exister.
La machine du temps doit réfréner
Son élan funeste sinon elle emportera
Sa victime dans son tragique destin.
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